Parler sexualité avec aisance

Même entre amis il est des fois difficile de parler sexualité. En swahili (la langue la plus parlée par les habitants de Lubumbashi) il n’y a pas plus vulgaires que les termes en rapport avec la sexualité. Il n’existe pas comme en français ou en anglais des termes neutres. À mon humble avis, c’est l’une des raisons pour lesquelles le sexe a été pendant si longtemps une question tabou.
Peut-on imaginer un père et son fils en train de discuter franchement à ce sujet en employant ces termes? Ce sont les oreilles de ce dernier qui vont siffler.
Dans le même ordre d’idées, il a souvent été difficile pour les victimes de viol et agression sexuelle de porter plainte à cause du sentiment de honte. La langue n’y est sans doute pas étrangère  ceci n’engage que moi et je suis ouvert à toute discussion à ce propos).

wikimedias commons
wikimedias commons

Que font donc les gens pour en parler quand même, J’ai observé que la plupart de gens choisissent de baisser la voix (eh, oui! C’est moins gênant de se le dire en chuchotant).
Les jeunes gens quant à eux sont beaucoup plus créatifs (ce n’est pas pour rien que l’avenir leur appartient). Pour parler sexe entre eux ils usent de toutes sortes de tournures et paraboles.
En côtoyant ces jeunes Lushois, vous aurez à entendre des tournures comme « manger la banane » ou « brouter ». Ce ne sont là que deux des nombreuses expressions du genre. Et vous aurez remarqué que toutes ces expressions font un rapprochement systématique entre sexe et nourriture.

Koffi Olomide
Koffi Olomide

Curieusement, on retrouve les mêmes formes d’expression dans les paroles des chansons des grandes stars de la Rumba congolaise. Ainsi quand Koffi Olomidé, dans l’une de ses chansons, affirme avoir une faim de loup on devine aussitôt le message qu’il veut faire passer.
Il reste à savoir qui de Koffi Olomidé ou de la jeunesse a incité l’autre à faire usage de ces tournures. Mais là n’est pas l’objet de notre débat.
J’aimerais terminer en dégageant les avantages et les inconvénients de passer par là pour parler sexualité ( encore une fois ça n’engage que moi).
Pour ce qui est des avantages, je trouve qu’il n’y en a qu’un : le débat autour du sexe devient beaucoup plus aisé. Et c’est tant mieux.
Quant aux inconvénients je pense qu’ils se résument en ceci : la tendance à faire une relation d’équivalence entre nourriture et sexe. À quoi nous sert la nourriture si ce n’est à satisfaire nos besoins physiologiques et à nous faire plaisir? Or si l’on doit penser que le sexe vaut bien un régime de bananes, je ne donne pas cher du respect qu’on doit à son partenaire.
Par ailleurs, c’est au nom de cette équivalence entre sexe et nourriture que certains se sont mis à avoir des rapports non protégés avec des partenaires à risque. D’après eux, si l’on ne doit pas manger une banane avec sa peau, on ne doit pas non plus porter un préservatif.
En tout cas la vie, elle, ne vaut pas un régime de bananes.

8 commentaires sur “Parler sexualité avec aisance

  1. Si tu demandes à Koffi, il te dira que ce n’est pas ce qu’il disait. Je sais comment il s’était défendu un jour à la question des « obscenités dans la chanson congolaise » il avait dit si je dis « tia soyi po ekota (pour que ça rentre il faut de la salive) » et la chroniqueuse très inquiète l’interrompt mais il continue en lui disant « c’est toi qui te fais des idées ». J’étais HS mais ce qui est vrai dans toutes les langues africaines c’est le cas. C’est plus facile en français qu’en une langue locale. D’ailleurs il suffit de faire référence à une partie en la citant en langue locale pour être traité d’un impoli.

  2. salut Guy Muyembe, il est vrai et choquant parfois, de remarquer la pauvreté de nos langues et en même temps surprenant de remarquer le sens ingénieux des jeunes qui trouvent tooujours un moyen pour contourner le « trop de tabou » de notre culture. ici à kinshasa, il y a tellement d’expressions comme : « ko mata punda », « nguerin » (pour designer la copine), « ko bula »… moi, je trouve ca plutôt créatif. 🙂

    1. Chèr Saka tu ne te crois pas si bien dire. L’expression « ko mata punda »(litteralement monter à cheval) fait déjà partie du lexique des jeunes de lubumbashi grâce au fameux tube de JB.Mpiana(j’espère tu t’en rappelles).Mais là encore ça pose qlq problèmes car la femme est considérée comme une monture.

  3. Si les jeunes sont excités, le blème est que les gens pensent que parler du sexe c’est d’être un amoureux, c’est malheureux, nous les jeunes, nous devons nous parler de sexe en guise d’éducation pour prévenir ses effets nuisibles « les grossesses non désirées, les avortements, les MST etc… »

  4. Je crois que cette « prudence » au sujet de la sexualité est assez répandue en Afrique. Nos sociétés n’intègrent pas que l’on parle de « ces choses ». Mais mis à part le fait que l’on risque d’être traités de coincés, cela préserve certaines mœurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *