Petite reine: déconstruction des mythes

Alors que la modernité gagne de plus en plus de foyers à Lubumbashi, en dépit de la pauvreté, il se dit des choses à propos du vélo. Des choses qui, souvent, ne reposent sur rien.
Aussi il m’a semblé impérieux de déconstruire cette somme des mythes, en y consacrant un article.

*Vélo, véhicule des pauvres
Il est vrai que les foyers les plus riches, ainsi que ceux de la classe moyenne, achètent plutôt des automobiles. Il est pourtant incorrect de croire que les foyers les plus pauvres ne cherchent qu’à se procurer des vélos. Je suis convaincu que ceux qui se procurent des vélos neufs ne sont pas pauvres parmi les pauvres.
À Lubumbashi, un vélo neuf coûte au minimum 50€, soit l’équivalent du salaire du fonctionnaire le moins gradé. Si ce fonctionnaire est la personne la plus pauvre de toute la ville (ce qui n’est pas vrai non plus), on doit reconnaître qu’il ne peut pas s’acheter un vélo du jour au lendemain.

*Vélo, en perte de vitesse
Il se dit que de moins en moins de personnes achètent des vélos ou les utilisent. Pourtant, je remarque, en parcourant les rues du centre-ville, que les magasins de vente des vélos ne baissent pas le rideau les uns après les autres.
Bien entendu, on voit peu de vélos dans les rues. Mais il faut dire que la raison est à rechercher du côté des pouvoirs publics et leur mannière de concevoir la ville, à l’heure du « tout automobile ». Les rares routes bitumées construites depuis une vingtaine d’années ne sont pas cyclables du tout. D’ailleurs, les piétons n’y trouvent pas leur compte non plus.

*Vélo, trop ringard
Certes, ce n’est pas en enfourchant un vélo qu’on se ferait remarqué par ses potes ou par la jolie fille du coin.
Un constat mérite cependant d’être pris en compte: 90 % des hommes de 13 à 80 ans dans mon quartier sont parfaitement capables de rouler à vélo.
Si le vélo était si ringard, les gens ne prendrait pas la peine d’apprendre à le conduire.

*Vélo, inadapté aux longues distances
C’est particulièrement éprouvant de rouler à vélo sur des dizaines ou des centaines de kilomètres. Et puis il y a l’impératif de gagner du temps: on veut perdre le moins de temps possible sur la route.
Il faut reconnaître quand même que l’état de nos route empire au fur et à mesure qu’on s’éloigne des grands centres urbains. Des camions chargées de marchandises et mêmes des jeep 4×4 peuvent être immobilisés deux ou trois jours sur une piste boueuse menant à la campagne. Or, sur des routes pareilles, il n’y a pas mieux que le vélo pour se déplacer.
Le vélo est adaptée aux longues distances dans la mesure où il fait gagner le temps que l’on perd en automobile sur une route impraticable.

*Vélo, moins divertissant que le foot
On dit du football qu’il est le roi des sports. Cela se remarque par la ferveur populaire qu’il suscite. Tous les gamins, ou presque, connaissent les règles du jeu et ont déjà au moins une fois tapé dans un ballon.
Pour autant, il ne faut pas dire que le vélo soit moins divertissant que le foot. J’ai eu à le juger l’an passé quand les coureurs du deuxième Tour Cycliste du Congo ont effectué une étape à Lubumbashi. Des dizaines de millions de personnes s’étaient massés aux abords des routes pour encourager les concurrents.

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